Allô… Parents ?

Cancre un jour, cancre toujours ?

Avoir été un cancre est un vécu qui s’inscrit durablement dans la mémoire, et même repoussé, nié, peu ressurgir des années, voire des dizaines d’années plus tard. A un moment où professionnellement on se trouve face à un problème que l’on ne sait comment aborder, ou confronté à une situation qui ramène soudain le passé dans le présent.

Ainsi, madame A., cadre dans une banque, à l’aise dans son travail, bien notée par sa hiérarchie, éprouve-t-elle un stress, à chaque fois qu’elle doit prendre la parole dans une réunion : la petite fille prend la place de l’adulte. Elle dit  » Je me retrouve gamine, interrogée par l’instituteur, je panique ».

Après les vacances, Monsieur V. a du mal à organiser son travail : « Je suis plutôt du genre méthodique et ordonné, mais là, c’est comme une malédiction. Quand j’étais petit, à la rentrée des classes, je me promettais de gérer mon cahier de texte, de garder ma trousse intacte.. et invariablement, au bout d’un mois, mon cahier de texte ressemblait plus à un brouillon qu’à ce qu’il devait être, et de ma trousse ne restait pas grand chose. Trente ans après, à chaque rentrée, il m’arrive la même chose, je perds mon agenda, mes lunettes, j’égare des dossiers, je réentends une petite voix venue de l’enfance qui me dit que je suis bon à rien, et j’ai toutes les peines du monde à me recadrer, à retrouver mon efficacité habituelle. »

Comment être attentif en cours ?

Être attentif en cours ne veut pas dire soutenir le même effort pendant cinquante-cinq minutes. C’est faire varier son attention en fonction de l’intérêt de ce qui est dit, de ce qui est à faire.

On peut comparer cette attention au son d’une radio que l’on baisse ou augmente selon l’intérêt des choses entendues (musique, interview, publicité..).

Ainsi, on ne soutient pas son attention de la même manière quand le professeur rend des copies, donne la liste des exercices à faire, démontre un théorème ou explique les causes de la Révolution française, ou encore quand il revient sur une règle que l’on n’a pas comprise ou que l’on n’a pas su appliquer dans un exercice.

On n’a pas la même attention quand on recopie un texte ou quand on fait une rédaction ou une dissertation.

On module son attention.

Voir : Être ou ne pas être dans la lune, telle est l’attention…

Comment fais-tu pour comprendre ?

“ Dis-moi, comment fais-tu pour comprendre? ”

toon_interroInterrogez un enfant. Il reste muet. Puis il vous dit qu’il comprend en maths mais pas en français ou il vous dit le contraire.

Si vous lui posez la même question quant au fait de réfléchir, il répond qu’il sait fort bien le faire s’il s’agit de sujets qu’on aborde à la maison, mais qu’il ne sait pas réfléchir à l’école, il ne sait pas réfléchir dans toutes les matières scolaires.

Pour les enfants, comprendre, réfléchir, mémoriser, imaginer, sont des actes magiques qui dépendent des apprentissages. Or telle n’est pas la réalité. On réfléchit de la même manière, quel que soit l’apprentissage ou le domaine abordé, on se sert des mêmes outils. La différence étant que, selon ce sur quoi on réfléchit, on n’utilise pas les mêmes matériaux.

Quand les enfants apprennent une leçon, quand ils font un devoir, c’est la plupart du temps au petit bonheur la chance, ce sont des poètes glanant une information par ci, une autre par là, rêvant une grande partie du temps. Ils n’ont pas de concentration, pas de stratégie. Mais savent-ils simplement être attentifs? Pour eux, il faut être sage, bien écouter, ne pas penser à autre chose. Ce qui n’est pas suffisant.

Quant aux stratégies que les enfants devraient mettre en place avant tout apprentissage, n’en parlons pas. Il n’en prennent pas l’habitude. A dire vrai, les fautes, les seules qui devraient être pénalisées à l’école, sont : ne pas avoir pris le temps de traduire et de vérifier un énoncé avant de commencer ou ne pas avoir réfléchi à la manière dont il fallait aborder l’exercice.

D’ailleurs dans la plupart des cas, les erreurs dans les devoirs, celles que les professeurs corrigent, découlent de ces fautes. L’enfant se précipite sur un exercice sans avoir pris le temps de s’interroger. Que me demande-t-on de faire? Comment vais-je m’y prendre?

Comment travailler
  • A l’école, j’apprends

  • En sortant, je reformule avec mes mots l’essentiel 

  • A la maison, je révise

Je suis attentif pendant les cours. C’est là que j’apprends et que je comprends. Le travail à la maison ne doit servir qu’à assurer mes connaissances, à les consolider.

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De retour chez moi, j’essaye de retrouver les cours dans ma mémoire avant de commencer tout autre travail.

Je tente de me souvenir des choses les plus importantes : règles, théorèmes.. ou encore les exemples dont je peux me servir.

Corriger ses erreurs

toon_coolvadorPendant deux ans, j’ai joué aux échecs sans vraiment faire de progrès. Jusqu’au jour où un ami a dit en prenant ma reine : » Tu commets toujours les mêmes erreurs. »

Cela a fait tilt dans ma tête. Si j’évitais ces erreurs, je finirais peut-être par avoir plus de plaisir, je deviendrais meilleur.

Alors j’ai réfléchi à la partie et je me suis interrogé sur les coups qui m’avaient mis dans cette position dangereuse. Je me suis promis de m’en souvenir désormais. Ce que j’ai fait avant même de commencer à jouer la fois suivante.

Depuis, à la fin de chaque partie, je prends le temps pour analyser mes erreurs, et je joue, les fois d’après, en y pensant. » Tu progresses « , a remarqué hier mon ami et je suis d’accord avec lui.

Transfert

La meilleure façon de progresser dans une matière est de corriger ses erreurs.

J’analyse les fautes de chaque exercice, de chaque contrôle, même s’ils ont été corrigés en classe.

Je me demande :

  • Pourquoi ai-je fait cette faute?
  • Qu’aurais-je dû écrire?
  • Comment vais-je faire la prochaine fois pour ne pas me tromper?
  • A quel moment faudra-t-il faire attention?
  • A quoi devrai-je penser?
  • Quelle question faudra-t-il que je me pose?

C’est la même chose si je veux progresser dans un sport, quel qu’il soit. L’entraînement n’est pas tout si je ne m’en sers pas pour améliorer mon jeu, la façon de tenir mon corps et de le bouger, si je ne m’en sers pas pour améliorer ma stratégie.

Améliorer veut dire que je m’interroge sur ce que j’ai fait ce jour-là. Alors je sais à quoi il faut que je pense dorénavant, je le mets dans ma mémoire et je l’en sors à la prochaine occasion.

Deux sortes de cancres

Pour en avoir beaucoup fréquentés, il me semble qu’il existe deux sortes de cancres.

Les cancres à deux vitesses.

Ils ne font rien à l’école. Ou peu. Mais à peine sortis de classe, ils revivent.

Et en voilà un qui se plonge dans des livres de science-fiction ou répète sans se lasser un morceau au piano, un autre passe son temps libre dans l’atelier de son oncle menuisier, un autre encore est passionné d’astronomie alors que son cousin, tout aussi cancre ne parle que de cirque et suit assidûment depuis trois ans des cours de jonglerie et de trapèze. Un autre, encore, s’intéresse au monde, que ce soit aux insectes, à l’élevage des dindons, à l’actualité ou aux découvertes scientifiques, aux inventions ou à des cultures différentes de la sienne.

Ou plus simplement, ce cancre à deux vitesses se montre curieux, observe ce qui l’entoure, s’intéresse aux choses et aux autres, il pose des questions comme quand il était petit, il se cultive, engrange, réfléchit, il « philosophe, se forme à son devenir d’adulte à sa façon.

Ces cancres, en difficulté dans leurs études, trouvent à un moment de leur vie scolaire, ou parfois plus tard, le déclic (cela peut-être un livre, un témoignage, une expérience vécue, souvent ce déclic est la rencontre avec la « bonne » personne) qui leur ouvre une porte, la leur, celle qui leur permet de faire un métier qu’ils aiment, de réussir leur vie professionnelle.

Les cancres et démotivés

D’autres cancres sont « inactifs mentalement » non seulement dans tout ce qui touche aux études, mais aussi à l’extérieur de l’école, dans leur vie « à eux », dans ces heures qui leur appartiennent…

Cela ne doit pas plonger les parents dans l’inquiétude ou les reproches inutiles, invalidants pour eux et les enfants.

Mais que faire ? Les aider.

Les aider ne signifiant pas réduire le temps au scolaire jusqu’à en arriver même à des moyens de rétorsion ( les priver de sortie, passer le dimanche en dictées et exercices de maths..)

Les aider, c’est faire en sorte qu’ils trouvent des centres d’intérêt extérieurs aux matières scolaires, qu’ils se découvrent, comprennent leur importance, se réalisent.

Des centres d’intérêt qui soient les leurs et qui peuvent ne pas coïncider avec ce que les parents pensent qu’ils devraient être.

Des centres d’intérêts partagés aussi.

Et pour cela il faut de l’enthousiasme, de la curiosité, de la joie, des passions. Ainsi on peut demander à un enfant de lire si soi-même on lit, on montre le bonheur qu’on en tire, on en parle. On bricole ensemble, examine le ciel à la recherche de Vénus ou d’autres étoiles, on résout des énigmes (ce qui est excellent pour la logique) on aborde des sujets divers (le rap, la violence, la liberté à l’école) on en parle, on fait parler l’enfant, le pousse à argumenter aussi. On l’écoute.

Enfant d’enseignant en échec
Indiscrétions autour d’une orientation. (origine : « Café Pédagogique ») « Je suis maman d’une ado pas du tout motivée par le collège. Pour résumer, elle passe plus de temps à se regarder dans la glace et à se changer dix fois par jour qu’à étudier ses leçons, faire ses devoirs et ranger sa chambre. Je ne vous parle pas du niveau du bulletin scolaire qui dégringole depuis la 6è. Le »redoublement »se profile et du coup elle en fait encore moins. Je désespère ».

Cette plainte, bien des profs l’entendent quand ils reçoivent des parents au cours de l’année. Dans ce cas précis, ce qui est intéressant c’est que la maman est enseignante et qu’elle s’exprime sur une liste de discussion d’enseignants. Certes le cas est relativement rare : statistiquement les enfants d’enseignants réussissent mieux que d’autres leurs études. Mais cette rareté relative ajoute de la valeur à la question. Quels conseils les professeurs se donnent-ils entre eux pour faire face au risque d’échec scolaire ?

A sa requête, cette maman a reçu une dizaine de réponses. La première était la plus atypique : elle fustigeait Mai 68 et un laissez-aller parental responsable des difficultés de cette jeune fille. D’autres collègues ont pu indiquer des ouvrages. Mais quand ils sont face à ces difficultés scolaires, les enseignants font d’abord appel à leur expérience personnelle. « J’ai vécu une situation de non motivation ou démotivation identique avec mon fils ainé, il s’enfonçait même dans un état dépressif (je ne ferai pas référence à l’attitude de certains collègues profs efficaces avec les élèves motivés). Nous sommes passés par une psychothérapie, l’acceptation de la situation.  Cela a abouti à la sortie du collège (synonyme de souffrance), l’entrée en Lycée Professionnel « section mécanique » puis a bifurqué vers la « maintenance des systèmes automatisés à commande numérique », CAP, BEP, Bac Pro, BTS. Là, il s’est épanoui, ouvert, le chemin a été plus long mais il a trouvé sa voie. Il est maintenant cadre chez un sous-traitant aéronautique » raconte un enseignant.

Encore plus personnel : » J’ai aussi connu des difficultés scolaires au collège, redoublement, lycée agricole, BT, puis BTS, puis coopération technique, maison familiale et école normale… chaotique mais plein de richesses, de rencontres et de découvertes qui m’aident encore maintenant… » témoigne un autre professeur. « J’éviterais à tout prix le redoublement qui ne sert à rien d’autre qu’à enfoncer encore un peu plus … C’est au moins ce que j’ai pu observer chez TOUS les anciens élèves qui ont redoublé en collège. (Il en va différemment des redoublements en lycée quand ils sont choisis pour un but précis) » ajoute un troisième dont la fille a connu un parcours chaotique avant de trouver sa voie. « Je voudrais te dire d’une part que ta fille n’est pas la seule à vivre ça et que vous n’êtes pas les seuls parents à passer par là et te dire encore que le soleil revient après la pluie, que le calme revient après l’orage, que la fureur du printemps revient après la torpeur de l’hiver et qu’au bout des tunnels de toute sorte la grande majorité des enfants/ados/adultes que j’ai connus finissent par se construire un monde à leur pointure, finissent par trouver chaussure à leur pied ».

Que tirer de ces réactions ? Que les enseignants sont bien placés pour connaître les limites et les défauts du système scolaire. Et qu’ils sont sans doute capables d’écouter les parents sur ce terrain. Qu’ils sont aussi capables de percevoir la richesse des détours et des parcours qui alimentent une vie. Sans doute sont-ils nombreux à ne pas partager le culte de la performance qui enferme certains élèves et certains parents. Dans le meilleur cas, ils peuvent voir la personne dans l’élève à orienter.

Enfin cet échange montre que si les enseignants privilégient le e discours de la confiance dans ces situations difficiles où le tissu familial peut se rompre, ils sont aussi très désarmés. Alors que les conseils de classe et les décisions d’orientation se suivent, ces quelques échanges sont-ils inutiles ?

Orientation : le guide du Café
http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/r2006_gen61.aspx

Le blocage

Les parents parlent souvent de blocage quand ils évoquent les problèmes scolaires. Le blocage recouvre des situations allant du simple échec dans une discipline (mais qui peut perdurer au fil des années) jusqu’à la phobie de l’école et le refus d’y retourner. Il signifie en fait que l’enfant ne peut plus assumer un apprentissage.

Signes

Il y a bien sûr les notes, les résultats aux contrôles qui sont de bons indicateurs, mais aussi ce que dit l’enfant : « Le prof est nul » (Traoré, 6e), « Les maths, je déteste » (Nadia, 5e) »Les écoles, ça devrait pas exister » (Julien, CM2).

Le fait que l’enfant soit stressé avant un contrôle, qu’il ait particulièrement du mal à ouvrir ses livres et ses cahiers, que travailler les maths ou apprendre les conjugaisons avec lui provoquent des drames familiaux, autant de signes qui pris séparément ne signifient pas forcément qu’il est « bloqué », mais peuvent alerter avant que le handicap se cristallise.

Causes

Le blocage n’est pas la résultante d’un échec à un contrôle mais d’une accumulation d’échecs mémorisés dans une matière. Si des ressentis négatifs s’y ajoutent, comme des problèmes relationnels avec un professeur ou les parents en raison de ces échecs, ils finissent par engendrer un rejet de la matière. Parfois même de toute la situation d’apprentissage quand l’enfant rencontre de grosses difficultés dans plusieurs matières et qu’aucune réussite ne le valorise par ailleurs.

Il existe différentes causes possibles au refus d’aller à l’école : mésentente grave avec des camarades ou avec l’enseignant, surdité ou myopie non détectées et handicapantes. Egalement des problèmes familiaux ponctuels tels deuil ou divorce générateurs d’une angoisse liée à la peur de l’abandon ou à la disparition des parents. Ainsi Cécilia (CM1) qui vivait dans la terreur de ne plus retrouver sa mère à la sortie des classes, et qui a refusé d’aller à l’école pendant tout untrimestre.

Ce qu’il ne faut pas faire :

N’affrontez pas de face le blocage en accumulant les exercices, en passant le dimanche avec votre enfant le nez plongé dans ses livres pour rattraper le retard.

Ne le menacez pas, ne le punissez pas. Ne lui promettez pas non plus monts et merveilles en cas de réussite.

Ce qu’il faut faire :

Mettez l’enfant dans des situations où il peut vivre des réussites. Et ces réussites doivent dans un premier temps toucher à d’autres domaines que celui où il est bloqué. Faites-lui accumuler les réussites et félicitez-le. Et seulement après, lorsqu’il a retrouvé la confiance en lui, vous vous attaquez à la matière concernée. Là, il s’agit d’aller doucement, de vérifier dans un premier temps s’il possède les acquis nécessaires. Vous l’encouragez, l’accompagnez dans ses apprentissages. Dans le cas où travailler avec lui provoque des tensions, faîtes appel à un intervenant extérieur.

N’hésitez pas à consulter un pédopsychiatre ou un psychologue si le blocage n’est pas levé par ce simple soutien et si l’enfant en arrive à un décrochage scolaire.

Extrait de « Aidez votre enfant à réussir » Hachette Education

Mon premier zéro (récit d’un adulte)

Mon premier zéro (témoignage)

Un jour, alors que j’étais de très bonne humeur, le cours de français débuta. La maîtresse annonça :

  • Aujourd’hui je vous rends votre dictée.

Il y eut beaucoup de soupirs et mon voisin me chuchota :

  • Je vais avoir un très mauvaise note.

Je répondis :

  • Moi aussi.

La maîtresse nous appela à tour de rôle, et de la note la plus haute à la note la plus basse. Quand ce fut mon tour, en dernier, elle me gronda :

  • Jacques, franchement tu exagères. Déjà à la dernière dictée, tu as eu un sur vingt.

Elle me tendit la feuille et je regardai le gros zéro qui, j’eus l’impression, remplissait toute la feuille. Je retournai à ma place, pleurant en songe, mon ami me consola avec beaucoup de mal car, lui aussi, avait eu une mauvaise note. Je lui dis :

  • Et si on cachait nos dictées ?

Il me répondit :

  • Non, je ne le ferai pas car à chaque fois, ma mère le découvre et je me prends une paire de claques.
  • Moi, rétorquai-je, je le fais.

Pendant quinze jours, je réussis à la cacher, mais je vivais l’inquiétude. Je passais des nuits blanches. Je devins fatigué, pâle comme un linge, avec les cernes noires comme du charbon, j’étais craintif :

Ma mère s’en aperçut et s’exclama :

  • Jacques, ça ne va pas, je vais prendre un rendez-vous chez le médecin.

Peu après, un mercredi, nous allâmes à son cabinet, et comme je l’avais prévu, il annonça :

  • Il n’a rien, à part des petites contrariétés.

Ma mère me demanda :

  • Quelles sont tes contrariétés ?

Je répondis :

  • Je ne sais pas.

Quelques jours plus tard, il y eut une réunion de parents d’élèves à laquelle ma mère devait assister, le temps me parut long à jouer dehors avec mes amis, car je savais qu’elle allait, comme d’habitude, mettre de l’ordre dans mon bureau et retrouver ma copie.

Mon meilleur ami me dit :

  • Tu es inquiet.

Je fis signe avec la tête que oui et eus un mouvement dans ma gorge. Une bonne heure plus tard, ma mère sortit avec les autres mamans. Je vis dans son regard qu’elle était furieuse.

De retour à la maison, elle me mit une claque et me gronda très fort :

  • Pourquoi as-tu caché ce zéro, tu n’as pas honte, tu vas voir quand ton père sera au courant.

Comme elle vit que je pleurais, elle me consola. A ce moment précis, mon père entra et je dis tout encore en pleurs :

  • J’ai eu un zéro que j’ai caché. Maman vient de me gronder très fort.

Mon père me dit solennellement :

  • Ce n’est vraiment pas bien, mais c’est en faisant des bêtises qu’on devient très sage, je me rappelle que, quand j’avais ton âge, peut-être un peu plus vieux, j’avais fait la même chose avec un contrôle de mathématiques, j’avais eu trois sur vingt, je l’ai caché pendant trois mois, ma mère la découvert en faisant le ménage, je me suis pris dix coups de trique.

Je promis de ne plus recommencer, et comme s’il y avait eu un coup de baguette magique je redevins tout calme. A la dictée qui suivit, j’eus vingt sur vingt.

En fouillant dans les papiers de mon passé, je suis tombé sur cette copie. Il s’agit d’un travail d’expression écrite dont je ne sais pas exactement quel était le sujet. J’étais alors en cinquième. Si je n’étais pas un cancre au vrai sens du terme, j’étais un mauvais élève. C’est pour cela que la conclusion de l’histoire « Mon premier zéro » me paraît bien optimiste, pour ne pas dire mensongère.

 

Pourquoi j'ai peur

toon_robotOn découvre seulement aujourd’hui qu’un élève peut avoir des émotions.
Bravo les Psychos !

Souvenir

J’interviens dans une classe de CM2.
Je demande si certains élèves ont peur ou bien sont angoissés pendant les contrôles. La moitié de la classe lève la main.

Je les questionne : ils racontent

  • les jambes qui flageolent
  • les mains moites ou qui tremblent
  • la gorge nouée
  • la boule au plexus qui coince la respiration
  • le cœur qui bat à tout rompre

Et dans la tête, une petite voix intérieure qui dit :

– « Je vais encore rater »
– « C’est parti pour le carton » ou « encore une tôle »
– « Je suis un gros nul »
– « Je ne comprends rien »
– « C’est la cata, plus rien ne me revient. Le trou noir ! »

Vu le nombre d’élèves et d’étudiants que je reçois et qui vivent ce problème, je me dis qu’il est d’une urgence absolue d’en parler et d’en décrire les causes.

Causes

Le grand responsable de la peur et du court-circuit mental qui va s’installer dans la foulée, c’est notre mémoire.
En effet, nous mémorisons toutes les situations vécues, et chacune d’elles est classée dans notre cerveau :

– en situation qui donne du plaisir et que l’on veut retrouver (donc à reproduire)

– en situation qui fait souffrir et que l’on veut éviter ( donc à ne plus retrouver)

Le rôle de notre mémoire est de signaler en permanence ce qui est bon ou mauvais pour nous. Une zone de notre cerveau compare en permanence ce que nous sommes en train de vivre avec ce que nous avons vécu dans le passé. De cette confrontation naît soit une sensation positive si une situation a été identifiée comme agréable, soit l’inverse dans le cas d’une mémorisation douloureuse.

Situation

Quand un élève commence un contrôle de maths, alors qu’il est plutôt mauvais dans la matière, sa mémoire lui ressort instantanément tous les échecs, tous les contrôles ratés, tous les cartons encaissés.
FATAL ERROR !
Le cerveau vient de reconnaitre une situation déjà vécue et mémorisée comme désagréable et donc à éviter.Sa mémoire croit lui rendre service en lui signalant ce qui n’est pas bon pour lui, ( c’est sympa) mais la conséquence : petite voix intérieure qui parasite, impossibilité de se concentrer sur l’énoncé, précipitation qui va provoquer des erreurs de lecture…
Bref, toute la machinerie s’ingénie à le protéger d’un nouvel échec, d’une nouvelle souffrance, mais ce faisant, ne lui laisse aucune chance de réussir.
On ne peut pas à la fois comprendre un énoncé et entendre sa petite voix intérieure négative…

En conclusion, faisons vivre aux enfants des réussites afin que ce vécu soit mémorisé.

Pourquoi je suis lent

toon_lentUn élève sur trois que je reçois m’est adressé à cause de sa « lenteur ».

Parfois il s’agit d’étudiants qui me disent souffrir de ce problème.
Ca commence à l’école et vous colle à la peau toute la vie : « Il a toujours été lent. ».

Après des années de fréquentation des « lents », que m’ont-ils appris :

  • cette lenteur se manifeste surtout à l’occasion de contrôles ou d’interros.
  • dans d’autres activités comme le sport et le jeu, elle n’existe pas.
  • cette lenteur est accompagnée d’un sentiment d’échec et de la peur de rater.
  • tant que l’élève n’a pas répondu et que son stylo est toujours en l’air, il a l’espoir d’un miracle : soit la bonne réponse va magiquement s’afficher sur son écran mental, soit le bras de son voisin va changer de position et il pourra lire sur sa copie.

Bref, quand tu es lent c’est que tu as peur…
Le cerveau des émotions a pris le dessus.
Et tes neurones se font des nœuds…

Parce que ton cerveau a reconnu une situation déjà vécue et mémorisée comme douloureuse.

Pour t’épargner de souffrir à cause d’un nouvel échec, un mécanisme se met en place et te coupe tous tes moyens d’analyse, de réflexion et de mémorisation.

C’est le blocage ! Difficile donc de te concentrer, de faire appel à tes souvenirs, de lire sans parasitage les énoncés.

C’est le même mécanisme qui peut déclencher une réaction diamétralement opposée : à savoir la précipitation.
Aller le plus vite possible et te débarrasser au plus tôt de ce travail dont tu anticipes déjà la mauvaise note.
Bref, aller vite ou aller lentement, c’est la même émotion ( peur, angoisse) qui est à l’œuvre.

Résumé : 
Peur d’avoir à nouveau un mauvais résultat, attente magique de la réponse, manque de confiance en soi, vaines recherches dans la tête pour que la page du livre s’affiche, état de paralysie ou d’anesthésie mentales, plus du tout d’estimation du temps et des durées.

La conséquence :
l’accès à la mémoire est parasité, l’analyse et le raisonnement sont altérés. Voilà ce que j’ai constaté chez ceux que l’on nomme les lents.

Solutions : 
C’est au moment de la préparation que tout se joue.

Tu contrôles que tu sais et que tu peux répondre. Tu anticipe les questions. Tu te demandes : « Et si on me pose cette question, que dire, comment faire? Cette simulation d’interrogation te procure une sécurité, une base à partir de laquelle tu pourras travailler sans trop de lenteur pendant ton contrôle.

Au moment de l’épreuve, tu dois repérer cette petite voix de l’échec quand elle s’installe et qu’elle te dit : » Laisse tomber, tu sais bien que tu es nul ! Tu vas rater ! » Savoir que lorsque cette voix est activée, une lecture attentive de n’importe quel énoncé est quasi impossible. On ne peut pas à la fois se parler dans la tête et comprendre ce qu’on lit.

Perso :
Mon prof de maths au collège : » Sotto, vas t-en au tableau, tu auras encore un zéro !  »
C’est alors que je cherche un trou dans le tableau noir pour pouvoir m’y faufiler.

Réussir une dictée

toon_sageEssayons d’avoir un aperçu du travail mental demandé chaque jour à l’enfant et cela tout au long de sa scolarité.

Pour l’illustrer, prenons la dictée qui est un exercice des plus complexes parce que, si l’enfant veut écrire sans faute, il doit successivement faire marcher tous les mécanismes de sa pensée : attention, compréhension, réflexion…

Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant au cours d’une dictée?

Imaginons un professeur dictant à ses élèves la phrase suivante :
“ Les éléphants suivent un chemin qui serpente dans la savane.  »

Un des enfants n’est pas concentré. Il pense à sa cousine qui est allée en Afrique. Il voit dans sa tête l’image de sa cousine. Comment pourrait-il écrire correctement ? Il voit vaguement les éléphants, il ne voit guère mieux le mot éléphant.
Problème de concentration

Un autre n’a jamais mémorisé le mot éléphant. Et le fait de l’avoir lu plusieurs fois ne change rien à l’affaire. Il sait qu’il y a un h dans le mot, mais où ?
Problème de mémorisation


Un enfant imagine les éléphants. Mais comment pourrait-il écrire sans faute le mot éléphant, alors que sa pensée est remplie d’éléphants et seulement d’eux. Il ne voit pas écrit le mot éléphant. Sa pensée n’est pas adaptée à la tâche, il n’a pas traduit, dans le but de l’écrire, le mot que disait le professeur, il ne l’a pas traduit avec des lettres.
Pensée inadaptée 


Un troisième ne retranscrit pas le sens. Il écrit des sons. Et il peut écrire des choses extravagantes :  » zélé  »  » fan  » ou  » serpent  »  » te « . Un quatrième, lui, écrit correctement les mots, mais il les écrit l’un à côté de l’autre. Il place, côte à côte, des bouts de sens : ( éléphants, chemin, serpents) Il ne passe pas par la compréhension du texte. Si vous lui demandez : Qui serpente dans la savane ? Il hésite et peut tout aussi bien répondre  » les éléphants  » ou  » le chemin  » . Comment pourrait-il écrire la terminaison de  » serpente  » correctement puisqu’il ne connaît même pas le sujet de ce verbe.
Problème de compréhension
 


Un enfant est en attente du miracle. Il attend que les fautes lui sautent aux yeux. Il n’a pas de stratégie. Il écrit et relit un peu au hasard. C’est pour cette raison que s’il écrit correctement la terminaison du verbe serpente, il se pourrait qu’il fasse une faute si la phrase lui était dictée un autre jour : il ne tient pas compte de ses fautes passées, elles ne lui servent pas à progresser.
Pas de correction d’erreurs 

 


Il n’a pas repéré les déclencheurs qui doivent l’arrêter et l’amener à réfléchir, les déclencheurs tels les articles  » un , les.. « , le verbe dont il faut rechercher le sujet, bref les mots qui doivent l’avertir qu’il lui faut réfléchir.
Défaut de stratégie
 


Près de lui, un enfant s’arrête à ces mots-déclencheurs. Il lui arrive même de connaître parfaitement les règles de grammaire dont il a besoin. Mais comment appliquer ces règles? Comment réfléchir ? Il sait qu’il faut s’arrêter à chaque verbe et chercher son sujet. Mais comment chercher le sujet du verbe serpente ?
Problème de réflexion
 


Un enfant se croit nul et ils sont nombreux à être dans ce cas. Il a le souvenir de toutes les dictées où, malgré ses efforts, il a fait des fautes, beaucoup de fautes. Il sait qu’il n’est pas bon en dictée. Et ce ne sont pas seulement les fautes qui le prouvent, mais aussi ce que ses parents lui ont dit : Tu es mauvais en orthographe  » ou encore  » Tu es comme moi, j’avais toujours des zéros en dictée. » 

Alors malgré la volonté consciente de l’enfant, malgré son désir de  » faire bien « , une petite voix entendue tout bas le persuade qu’il n’y arrivera pas et… il n’y arrive pas. Sa dictée est pleine de fautes.
stress, fausses croyances


Nous voulons terminer en nous attardant un peu sur ces enfants en difficulté scolaire parce qu’ils ne croient pas assez fort qu’ils peuvent réussir, parce qu’on ne croit pas assez fort en eux. 

Il suffit parfois d’un peu plus d’intérêt, non pour le fait qu’ils aient réussi ou non, que pour le plaisir qu’ils ont eu, ce qu’il ont pensé, la façon dont ils sont parvenus à faire quelque chose, même si cette façon n’est pas la nôtre. Et cet intérêt change tout à l’affaire.

C’est fou ce que les enfants peuvent apprendre et nous apprendre quand dans leur tête ils se sentent libres et que nous les écoutons.

Varinia Oberto

Se concentrer, être attentif ?

L’attention et la concentration sont interdépendantes.

Être attentif, c’est mobiliser ses cinq sens pour recevoir, chercher, sélectionner et traiter les informations pertinentes dont on a besoin pour travailler.

Être concentré, c’est focaliser l’attention. C’est être absorbé par la tâche.

Comment être attentif

Être attentif, ce n’est pas seulement être calme, en attente, écouter le professeur. On peut certes déduire de cette attitude que l’on est de bonne volonté. Mais cela n’est pas suffisant et n’a pas grand chose à voir avec l’attention.

Être attentif, c’est savoir que faire de son attention. C’est être actif mentalement.

Ainsi un élève attentif écoute le professeur dans le but de comprendre une règle de grammaire, de prononcer correctement des mots anglais, dans le but de savoir utiliser un théorème de géométrie dans un exercice.

Il est dans une intention d’apprendre .

Il ne suffit pas de dire à un enfant : « Sois attentif ». iI faut lui dire comment faire, l’aider à maîtriser son attention et sa concentration..

La concentration

La concentration est une attention soutenue que rien n’interrompt.

La concentration de l’enfant dépend de son intention, de son intérêt pour ce qui lui est proposé, pour ce qu’il lit ou entend.

Intérêt, plaisir, réussite, motivation favorisent la concentration

Passivité, stress, répétition ou monotonie de la tâche la perturbent.

Maîtriser son attention et sa concentration

1) Il faut tout d’abord observer la durée de son attention, de sa concentration selon la lecture ou l’écoute, selon le travail (compréhension, mémorisation, réflexion), selon la matière aussi. Egalement le moment de la journée et le lieu.

Il s’agit de s’observer pour avoir conscience des moments où l’on décroche d’un travail pour parvenir à raccrocher au plus tôt.

2) Il faut dans un deuxième temps s’entraîner et utiliser des stratégies.

On s’entraîne à moduler son attention pendant le cours : attention légère quand un professeur rend des copies ou parle d’un point qu’on maitrise déjà parfaitement ; attention plus soutenue quand il s’agit d’écouter le cours ; concentration pour comprendre un point difficile, pour un effort de réflexion.

On utilise des stratégies. On choisit sa place en classe, on organise son travail en fonction de l’exigence du travail au plan de la concentration et en fonction des heures plus ou moins favorables au travail intellectuel.

Stratégies de lecture pour éviter que l’esprit ne s’évade : par exemple noter dans la marge les mots-clés.

Stratégies d’écoute : fermer les yeux ou poser les yeux sur une surface neutre pour qu’aucune sollicitation visuelle ne vienne perturber.

Se concentrer, une habitude à acquérir

L’important est d’apprendre, en délimitant un espace, à délimiter le temps de travail.

L’enfant travaille assis à une table. Face à lui, un réveil : il lui permet d’être conscient du temps qui passe, du temps pendant lequel il parvient à se concentrer, du temps qu’il lui faut pour faire des exercices, pour apprendre ses leçons. Quand il se met à penser à autre chose et n’arrive plus à être attentif, il se lève. Il peut boire un verre de lait, manger un fruit, s’amuser avec le chat, mais il n’allume pas la télévision, ce qui l’empêcherait de retrouver facilement sa concentration.

Il faut prendre l’habitude de ne pas rêvasser à sa table de travail : dès que l’enfant est fatigué, qu’il se met à rêver, il vaut mieux qu’il se lève pour faire une pause de quelques minutes.

Tant qu’il est assis à sa table, il travaille, il ne pense à rien d’autre.

Dans le cas où, pour apprendre ses leçons, il a besoin de marcher de long en large, il le fait bien entendu, mais il quitte la pièce quand il n’arrive plus à être attentif, et il y revient une fois la pause terminée.

Travail à la maison

horaires de travail Prendre l’habitude de travailler à une heure déterminée et s’y tenir demandent au départ un effort de volonté, mais très vite la régularité est payante. On se sent l’esprit libre et on n’éprouve pas la pénible impression de perdre son temps ou de passer ses fins d’après-midi, ses soirées, à travailler. Pendant le goûter et tandis qu’on se repose, on ne pense pas aux leçons à apprendre, à ses devoirs, car on sait que ce n’est pas encore l’heure de « s’y mettre ». On se relaxe vraiment.

Si un des parents apporte une aide dans le travail scolaire, on décide avec lui de l’heure. Ce doit être un choix commun, pris en fonction de ses obligations et des moments de repos nécessaires après l’école.

Conseils au lève-tôt, 
à celui qui se réveille en forme le matin et se montre moins vigilant le soir:
– Profiter des heures du matin pour avancer son travail, pour réviser.
– Prévoir une petite pause en rentrant de l’école avant de se mettre à ses devoirs. Elle défatigue et elle favorise l’attention.

Conseils au couche-tard,
à celui qui a du mal à commencer sa journée et qui repousse sans cesse l’heure de se coucher:
– Avoir, si possible, quelques activités physiques (marche, gymnastique douce) au lever pour entrer plus vite dans une phase d’éveil actif, pour être efficace en début de matinée.
– Tenter de changer l’heure de son endormissement en l’avançant d’un cycle. Il faut être attentif aux signes annonciateurs du sommeil (Bâillements, yeux qui piquent..) et se coucher aussitôt.

Travail et affectivité

Votre enfant n’est pas une représentation sociale de vous même.
Travail scolaire et affectivité n’ont rien en commun.

Ne dites pas que c’est une évidence. Interrogez-vous. Etes-vous certain de bien différencier l’amour que vous porte votre enfant, l’amour que vous lui portez et les résultats de son travail ? Avez-vous accepté que votre enfant n’est pas vous et qu’il ne vous doit rien et qu’il sera un jour lui-même, loin de vous, sans vous ?

L’attention que vous portez à votre enfant, votre affection lui permettent de se construire, d’être heureux. Rigueur et bienveillance l’aident à faire émerger ce qu’il y a de meilleur en lui, à se structurer psychologiquement et intellectuellement.

Le travail scolaire doit être laissé à la place qui est la sienne, et ce malgré les enjeux sociaux, malgré votre inquiétude de l’avenir. Quand affectivité et travail sont mêlés, la moindre difficulté scolaire devient un drame alors qu’elle devrait n’être qu’un problème, que l’on résout d’autant plus facilement que l’on a tenu éloigné angoisse, culpabilité et chantage affectif.

 

AFFECTIVITÉ DANS L’APPRENTISSAGE

Pour réussir, l’enfant doit avoir confiance en ses possibilités. Il faut également que ses parents croient en lui et le lui fassent savoir.

Nombreux sont les enfants à penser, pendant toute leur scolarité, qu’ils sont nuls dans une matière quand ce n’est pas en tout, et cela en raison d’échecs en début d’apprentissage. Ils ont acquis la conviction de n’être pas doués. Ils subissent l’échec.

Pour défaire ces structures d’échec, il suffit la plupart du temps de porter un regard positif et bienveillant sur l’ enfant et de l’aider à avoir ses premiers succès.

Le fait de croire aux possibilités d’un enfant est un des facteurs primordiaux dans sa réussite d’un apprentissage.

Une expérience intéressante a été menée par Rosenthal, psychologue américain. En début d’année scolaire, il renseignait les professeurs sur les résultats qu’avaient obtenus les élèves à des tests d’intelligence ; mais ces résultats étaient tout à fait fantaisistes : les scores avaient été choisis au hasard. Or en fin d’année, les enfants qui à leur insu avaient été notés comme étant doués avaient progressé, et à l’inverse ceux dont on avait dit qu’ils avaient un faible Q.I. avaient eu une année très moyenne, voire avaient régressé.

Cette expérience, nommée « Pygmalion », a été renouvelée ailleurs. Il ne s’agissait plus de donner aux enseignants de faux Q.I. mais de faux bulletins scolaires. Là encore, on a démontré que ce que pense le professeur de ses élèves influence son comportement à leur égard et se répercute sur leurs performances.

Il n’y a pas, à notre connaissance, d’expérience de ce type réalisée à la maison, mais nous savons, pour travailler avec des enfants performants et d’autres en difficulté scolaire, que les attentes positives ou négatives des parents permettent à leurs enfants d’exploiter leurs possibilités ou au contraire les installent dans l’impuissance et l’échec.

Nous voulons insister sur l’influence du ressenti des parents, de leur jugement. S’il n’y a pas confiance dans les capacités de l’enfant, s’il n’y a pas bienveillance, attente positive, stimulation rassurante et sécurisante, il ne sert à rien de lui apporter de l’aide dans son travail scolaire, de lui conseiller des méthodes. Croire en l’enfant est un premier pas pour le placer en situation de réussite.

Il faut l’aider à se créer une représentation positive de lui-même en favorisant des succès. Le fait de réussir et le plaisir qui en découle sont essentiels pour lever certains blocages, pour lui donner confiance en ses possibilités. Valorisez ses progrès et intéressez-vous à toutes ses réussites, si minimes soient-elles ( ne méprisez pas les activités extra-scolaires). Si votre enfant a fait comme d’habitude de nombreuses fautes à sa dictée, au lieu de soupirer ou de lui dire qu’il aurait pu pour une fois penser aux accords, félicitez-le pour celui auquel il a pensé ou pour un mot difficile qu’il a écrit correctement. Puis, seulement ensuite, analysez avec lui ses fautes.

L’INTÉRÊT DES FAUTES

La faute n’en est pas forcément une si on la considère comme un moyen d’apprendre. Dans la vie, ce sont nos erreurs qui nous enseignent le plus. Elles nous servent à progresser. Il en est de même dans tout apprentissage. L’erreur a un sens, une logique, une cohérence. Il suffit d’analyser une erreur pour en comprendre l’origine, à partir de quoi, on peut la démonter, la corriger, avancer dans la connaissance.

Travailler sur les fautes, sur les hésitations est le moyen le plus informant quant aux difficultés rencontrées par l’enfant.

Il faut pourtant soulever un point délicat : l’enfant se sent dévalorisé quand on se penche sur ses fautes. Dédramatisez l’erreur, dépénalisez-la : elle est partie intégrante de la période d’apprentissage. Si vous faites ainsi, l’erreur acquerra aux yeux de l’enfant le statut positif et fécond qui est le sien. Il pourra travailler à la correction de ses devoirs, et cela lui sera profitable.

Donnez une signification différente à l’erreur et à la faute. Faire des erreurs est normal, mais ce qui est une faute, c’est de ne pas se pencher sur ses erreurs, de ne pas les analyser, de ne pas chercher leur origine, de ne pas les corriger. La faute est de ne pas se servir de ses erreurs pour progresser.

Travailler vite

toon_heureLe temps est élastique, c’est-à-dire que si l’on se donne une heure pour faire un travail, on mettra à peu près ce temps pour le terminer, et si l’on se donne quarante-cinq minutes, on y parviendra sûrement tout aussi bien.

Travailler vite s’apprend. 

  1. Je travaille avec un réveil face à moi. 
    Je prends conscience du temps qu’il me faut pour apprendre mes leçons, faire mes exercices.
    J’essaie petit à petit, au fil des semaines, de réduire ce temps de travail.
    Je resserre ce temps, et pour cela je prends conscience de la manière dont je le dilue dans un no man’s land qui n’est pas vraiment du travail mais pas du plaisir non plus.
    Pour travailler vite, j’apprends à être attentif.
  2. Je m’observe.
    Est-ce que je me mets au travail dès que je m’assois à ma table ou est-ce que je passe du temps à de petites choses insignifiantes: tailler des crayons, ranger deux ou trois papiers, regarder alentour?
    A quel moment je me mets à rêvasser quand j’apprends mes leçons? Quelles leçons ? Toutes ? Pour quelles raisons ?
    Comment est-ce que je travaille dans une matière que je n’aime pas ? Et pour une matière où je n’ai pas de difficulté? Pourquoi?….
    Là encore, un réveil peut être utile. Dois-je passer dix minutes à chercher une grammaire anglaise qui a mal été rangée et traîne sous une pile de bandes dessinées? Dois-je perdre un quart d’heure à téléphoner à un copain sous prétexte que je n’ai pas tout noté sur mon cahier de textes? Vaut-il mieux  » travailloter  » pendant une heure ou être efficace en quarante minutes ?…

 

J’observe mes habitudes de travail.
Je tente de les changer, l’une après l’autre.

Le temps gagné ainsi, je me l’offre, et c’est important. Je n’utilise pas ce temps à travailler davantage, à apprendre des leçons. Ce temps me sert à une activité que j’aime ; je bricole, je construis une cabane, fais du vélo, du roller, je regarde une émission à la télévision que je n’arrive jamais à suivre en entier, je lis, je rêve ; je ne fais rien si je préfère.

 

Vaincre le stress

toon_tiredLe stress n’est pas un mal réservé aux adultes.

Des enfants « vivent l’école » dans un état de tension permanente.

On note deux grandes périodes de stress :

  • Le mois de mai avec la perspective du conseil de classe, ou tout simplement en raison d’un travail accru – les enseignants, dans l’espoir de boucler le programme, demandant aux élèves de donner un dernier coup de collier.
  • La rentrée, surtout celle liée à un changement. Elle concerne les élèves de CP, de sixième, ou encore ceux qui quittent une école pour une autre.
    Mais si elle est plus délicate pour certains enfants, cette rentrée se révèle difficile pour tous. Après de longues vacances, ils doivent se réhabituer à des horaires stricts, au rythme de journées interminables. Horaires, devoirs, contraintes de la vie collective, angoisse de ne pas savoir, angoisse de ne pas comprendre, de déplaire aux enseignants, de décevoir les parents. Pression des professeurs qui veulent une classe performante, voire valorisante, inquiétude des parents qui se préoccupent de l’avenir de leurs rejetons. Polarisation des uns des autres sur le rendement, les résultats, les notes.

La réussite scolaire devient souvent pour les parents la priorité numéro un, aux dépens de l’équilibre familial, de l’épanouissement de l’enfant.

 Elle ne doit pourtant en aucune façon devenir l’enjeu d’une relation. Si les parents veulent préserver l’harmonie au sein de la famille, s’ils souhaitent aider efficacement leur enfant, ils doivent consacrer autant de temps à des activités partagées (lecture, rire, jeu) qu’au travail.

Combien d’adolescents se plaignent de n’avoir pas de communication avec leurs parents autre que l’école.

toon_tiredQue les parents soient vigilants :

 – maux de tête ou de ventre, tics, troubles du sommeil ou de l’appétit, cauchemars doivent être pris au sérieux s’ils persistent.

Ce sont peut-être les signes que leur enfant est stressé.

La dictée d’un « Nul »

(témoignage)

La sonnerie du collège émet un son aigu, ça me fait penser à l’alarme d’une caserne de sapeurs-pompiers qui alerte ses occupants, avec un son strident, pour qu’ils partent à l’assaut du feu. Ce matin, j’ai cours de français, il faut y aller. J’ai dictée. Bof, je vais avoir encore zéro. Je suis fatigué, je n’ai pas envie d’y aller.
À quoi ça sert, de toute façon je ne saurai jamais écrire sans faire de fautes, c’est ce que m’a dit ma prof quand j’étais en CE2. Elle m’avait surnommé Merlin, celui qui est bon seulement à inventer des orthographes qui n’existent pas.

Je rentre dans la classe où une bonne partie des cinquièmes est déjà assise. Je me pose, au fond de la classe, à côté de mon copain, Youssef. Qui de nous deux va faire le plus de fautes cette fois-ci? A la dernière dictée, il m’a battu de quatre points. Il avait moins trente-six et moi, moins trente-deux.

La prof n’est pas encore arrivée, ce n’est pas son genre, c’est étrange. Et si elle n’était pas là, ce serait génial. Je pourrais redescendre dans la cour continuer à jouer avec Gustave et Médi au Pokemon évolution. Est-ce que j’entends au fond du couloir le tic-tac d’une pendule ? Non ! Des bruits de talons se rapprochent. Peut-être la surveillante vient nous annoncer l’absence du prof. Enfin la liberté ! Plus cette corvée de dictée. A moins qu’elle nous annonce son retard avec pour conséquence le passage à la trappe de la dictée. Mais si la prof est en retard seulement de quelques minutes, elle sera de mauvaise humeur. Si précise dans l’emploi du temps, elle aime que l’on soit assidu, la dictée risque d’être encore plus dure, peu de temps de relecture, pas de mots décortiqués en syllabes qui parfois m’aident à trouver la bonne orthographe.

La porte de la classe s’ouvre en grinçant. La prof, toute contrariée par son retard, dit sèchement : «Bonjour les enfants.» Bonjour la galère plutôt ! Ça y est, c’est foutu, le spectacle du massacre à la syllabe va bientôt commencer. (……)

La dictée commence. Vite, je suis en retard, la date, on est quel jour déjà ? Bon je ne sais plus, je l’écrirai après. Dictée, ça s’écrit comment déjà à la fin : « ai » « é ». Je l’ai écrit plein de fois, je suis vraiment bête. Ça va trop vite, il faut écrire maintenant, je vais mettre un « S » ici et là, ça fait joli. Je ne me souviens plus de ma leçon, de toute façon, il y a plein de fautes.

Ah ! Si j’étais une mouette sous le soleil de la Côte d’Azur ! Je ne penserai à rien, pas de stress, aucun compte à rendre. Le reste de la dictée va être une catastrophe, il faut que je reste concentré à tout prix, comme m’a conseillé l’orthophoniste. Si je peux me rapprocher de zéro ce serait tellement bien. Cela monterait mes progrès à ma mère, à ma prof et à mon orthophoniste. Ça prouverait que je ne suis pas un idiot, que je peux progresser. Et peut-être même qu’un jour je pourrai faire le métier que je veux, oui pilote de chasse comme dans Top Gun, ça serait super. L’année prochaine, ils ne me mettraient pas dans une classe de retardés mentaux.

Je suis nul, si nul en orthographe c’est pas croyable. Mon dieu ! Elle a dit une phrase que je n’ai même pas entendue. Qu’est-ce qu’elle a dit déjà, tant pis je laisse un trou. Pourquoi je dois savoir écrire sans faire de fautes ? Il y a les ordinateurs aujourd’hui. Je suis sûr que l’on peut très bien vivre sans savoir écrire. Je deviendrai berger, c’est bien, eux ils n’en ont pas besoin. Ils sont tranquilles dans leurs bergeries avec les brebis, j’ai vu ça dans un reportage à la télé. Personne ne vient les déranger pour leur demander d’écrire, ils fument leurs pipes tranquilles sur leur rocher. Mince la dictée ! Elle a dit quoi là ? Je ne comprends rien à ce que raconte cette dictée.

Point final. Ouf, c’est fini ! De toute façon ça ne sert à rien que je relise, je ne trouverai pas les fautes, il y en a trop. Je suis épuisé, vidé, ma faiblesse est mise à nu et cette feuille en est le témoin.

Alors, Youssef. Qui sera le roi des nuls aujourd’hui. Toi ou moi ?

Jean Carletti.